Les embauches de jeunes en CDI reculent dans les métiers les plus exposés à l’IA générative
Une étude de la Banque de France et de HEC relie l’exposition des métiers à l’IA au recul des CDI chez les moins de 30 ans, sans licenciements à la clé.
En bref
- L’étude est menée par la Banque de France et le laboratoire de HEC dédié au futur du travail.
- Les 30-49 ans sont moins touchés, les plus de 50 ans quasiment épargnés.
- Les CDD reculent aussi, aucun report vers les contrats courts n’apparaît.
- Les auteurs parlent d’association, pas de causalité démontrée.
Oui, en France, les jeunes sont moins recrutés en CDI depuis la fin de 2022 dans les métiers que l’IA générative sait le mieux prendre en charge. Mais l’emploi total ne recule pas pour autant, et les chercheurs se gardent d’affirmer que l’IA en est la cause, comme le rapporte Silicon.fr.
Un écart net entre métiers exposés et protégés
Les chercheurs comparent mars 2026 à novembre 2022, pour les 21-29 ans. Le contraste se lit dès les premiers chiffres.
En élargissant à tous les types de contrats, la fracture persiste.
| Jeunes, tous contrats | Évolution des embauches |
|---|---|
| Métiers les plus exposés | −22,1 % |
| Métiers les moins exposés | +1 % |
Comment l’exposition à l’IA a été mesurée
Coordonnée par l’économiste Antonin Bergeaud, l’étude associe la Banque de France et le Laboratoire de l’innovation et du futur du travail de HEC. Pour classer les métiers, l’équipe a confié à un modèle de langage les compétences recensées par France Travail dans son répertoire, qui couvre plus de 1 500 professions. Le modèle devait estimer la part que l’IA peut réaliser ou assister, en intégrant ce qui freine un remplacement : savoir-faire tacite, nécessité d’être physiquement présent, relations humaines.
Cet indice décrit ce que la technologie permet, pas ce que les entreprises font réellement. Il colle toutefois étroitement aux données d’usage observées par Google, ce qui renforce sa pertinence.

Recruter moins plutôt que licencier
Le mécanisme décrit passe par le renouvellement des équipes. Chez les 21-29 ans des métiers les plus exposés, les fins de CDI ont baissé d’environ 23 %, contre 6 % ailleurs. Les embauches reculant davantage que les départs, il entre moins de jeunes qu’il n’en sort. Selon les auteurs, une entreprise qui délègue à l’IA une partie des tâches de débutants peut simplement réduire ses recrutements et ne pas remplacer certains départs, sans licencier.
« Les employeurs, estime-t-il, évitent de recruter sur des métiers qui pourraient disparaître, sans pour autant se séparer de salariés dont l’expertise pourrait servir. »
Antonin Bergeaud, économiste, coordinateur de l’étude Banque de France / HEC
Côté entreprises, une enquête de l’Association nationale des DRH conduite en septembre auprès de 220 professionnels va dans le même sens : un quart ont réduit ou pensent réduire leurs embauches de jeunes, un tiers constate une évolution des missions des jeunes recrues et 9 % une forte diminution des tâches d’exécution.
La Banque de France a aussi croisé ses données avec son enquête de conjoncture, qui suit environ 6 000 entreprises. Près de 600 d’entre elles disent recourir intensivement à l’IA début 2026. Chez elles, les embauches de 21-29 ans en CDI ont moins bien évolué qu’ailleurs depuis fin 2022, sans que leurs effectifs globaux s’écartent de façon statistiquement nette.
Ce que l’étude permet d’affirmer, et ce qu’elle ne tranche pas
- Une association solide entre exposition des métiers et recul des CDI pour les jeunes.
- Un ajustement par les recrutements, pas par les effectifs.
- D’autres facteurs ont touché les mêmes postes : hausse des taux, correction post-Covid de la tech, télétravail, qui ont pu agir en même temps que l’IA.
- L’intensité d’usage n’est connue qu’au début de 2026, alors que les écarts d’embauche sont apparus plusieurs trimestres avant.
Les utilisatrices intensives recrutaient en outre déjà, avant ChatGPT, dans des métiers plus exposés, même à secteur identique, ce qui empêche encore de séparer l’effet de l’IA du profil des entreprises qui l’adoptent.
Photo : Mikhail Nilov / Pexels