Au Royaume-Uni, neuf mois de protection sans recul de l’exposition des ados aux contenus nocifs

Neuf mois après l’entrée en vigueur des règles britanniques, l’Ofcom ne relève aucun recul mesurable de l’exposition des adolescents aux contenus nocifs.

Mélanie Guyot Par Mélanie Guyot
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Au Royaume-Uni, neuf mois de protection sans recul de l’exposition des ados aux contenus nocifs
Une adolescente consulte son smartphone sur son lit, rappelant les questions d’exposition des ados aux contenus en ligne.

En bref

  • L’Ofcom juge « préoccupant » le bilan des neuf premiers mois de protection des enfants.
  • Les fils personnalisés restent le principal canal d’exposition déclaré.
  • Le régulateur a ouvert une enquête sur TikTok et propose deux nouvelles catégories de contenus nocifs.

Non, pas de façon mesurable : au Royaume-Uni, l’Ofcom n’a relevé aucune évolution statistiquement significative de la part d’adolescents déclarant avoir croisé des contenus nocifs durant les neuf mois suivant l’entrée en vigueur des obligations de l’Online Safety Act. Le régulateur britannique des communications qualifie ce constat de « préoccupant », comme le rapporte Next.

Ce que la loi impose depuis juillet 2025

Les obligations de protection des enfants prévues par l’Online Safety Act sont entrées en vigueur en juillet 2025. Depuis cet été-là, les grandes plateformes ont le devoir d’épargner aux mineurs les contenus à caractère pornographique, raciste, violent ou misogyne, ainsi que ceux qui touchent au suicide ou au harcèlement.

Dans les faits, les plateformes qui proposent de la pornographie sont tenues de mettre en place des dispositifs de contrôle de l’âge des utilisateurs. Le texte exige également une modération plus poussée pour les contenus dangereux qui sont signalés, et les réseaux sociaux doivent ajuster leurs algorithmes de recommandation pour écarter les contenus les plus nuisibles aux mineurs.

Pour mesurer les effets, l’Ofcom s’appuie sur une enquête en ligne auprès d’enfants et d’adolescents de 8 à 17 ans, avec la tranche des 11 à 17 ans pour les questions sur l’exposition. Les réponses ont été recueillies avant, puis après l’entrée en vigueur des dispositifs.

Mains d’une personne tapant sur le clavier d’un ordinateur portable ouvert dans la pénombre.
Utilisation d’un ordinateur portable dans un environnement sombre. Photo : cottonbro studio / Pexels

Un constat sans recul de l’exposition

Cette absence de recul sensible touche en particulier la pornographie, mais aussi les contenus relatifs au suicide, aux automutilations et aux troubles du comportement alimentaire. Le régulateur précise par ailleurs que rien de neuf ne laisse penser que les dommages subis par les enfants confrontés à ces contenus seraient devenus plus ou moins graves.

Il faut néanmoins nuancer la portée du rapport : celui-ci ne mesure pas si les dispositifs de protection sont efficaces. Il constate uniquement que leur déploiement n’a pas été suivi d’une diminution statistiquement significative de l’exposition déclarée.

« échappé à toute réglementation et n’a eu de comptes à rendre à personne pendant plus de vingt ans »

Porte-parole de l’Ofcom, au sujet du secteur du numérique, auprès du Guardian

Pourquoi les protections peinent à agir

Le rapport pointe plusieurs mécanismes qui expliquent la persistance de l’exposition :

  • le principal canal déclaré d’accès à la pornographie et aux contenus encourageant le suicide ou les troubles alimentaires reste les fils personnalisés ;
  • les filles déclarent être plus souvent exposées que les garçons aux contenus sur le suicide et les troubles alimentaires, et affirment être perturbées ou secouées après avoir été confrontées à de la pornographie ;
  • d’après l’Ofcom, les garçons et les jeunes hommes qui regardent des vidéos de motivation et de progression personnelle risquent de glisser rapidement vers des publications extrêmes, qui font l’apologie de la misogynie et du racisme ;
  • il est fréquent que la modération soit déjouée avec peu d’efforts, grâce à un vocabulaire codé ou à des mots-clés délibérément écrits de travers.

Ce qui vient ensuite

Le régulateur met en avant des avancées en cours, résumées dans le tableau ci-dessous, tout en jugeant l’ensemble insuffisant. Son porte-parole affirme : « Nous avons montré que les entreprises technologiques qui ne respectent pas leurs obligations s’exposent à des sanctions ».

Piste Ce qui est indiqué
Progrès cités par l’Ofcom extension des vérifications d’âge, défenses accrues face aux prédateurs sexuels, dispositions plus sévères contre l’exploitation sexuelle des mineurs et les abus dont ils sont victimes
Enquête sur TikTok ouverte au mois de juillet, notamment sur le contrôle de l’âge
Interdiction aux moins de 16 ans le gouvernement britannique veut l’instituer pour les réseaux sociaux à compter du printemps prochain
Nouvelles catégories de contenus nocifs dénigrement de l’aspect physique, valorisation de la dépression, du désespoir et de l’impression de ne voir aucune issue

Plusieurs obligations existantes couvrent déjà ces deux dernières catégories, mais les faire figurer officiellement dans la liste aurait pour but d’amener les plateformes à les traiter de façon plus systématique.

Photo : Andrea Piacquadio / Pexels

Mélanie Guyot

Digital, mobile, startups, e-commerce et webmarketing

Mélanie Guyot

Mélanie Guyot a géré pendant six ans la boutique en ligne d'un fabricant de vêtements de travail, de la fiche produit au service client. Elle écrit pour Assises du Numérique sur le webmarketing et le e-commerce : acquisition, conversion, logistique et outils d'analyse, avec des exemples tirés de commerces de taille modeste. Elle fait toujours ses courses dans le même marché couvert, le samedi.